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 Veillées de Ramadan

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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Dim 19 Oct - 22:18

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Les amis de Noureddin, cependant, étaient fort assidus à sa table et ne manquaient pas l’occasion de profiter de sa facilité. Ils le flattaient, ils le louaient et faisaient valoir jusqu’à la moindre de ses actions les plus indifférentes ; surtout ils n’oubliaient pas d’exalter tout ce qui lui appartenait, et ils y trouvaient leur compte. « Seigneur, lui disait l’un, je passais l’autre jour par la terre que vous avez en tel endroit ; rien n’est plus magnifique ni mieux meublé que la maison ; c’est un paradis de délices que le jardin qui l’accompagne.

– Je suis ravi qu’elle vous plaise, reprenait Noureddin ; qu’on m’apporte une plume, de l’encre et du papier, et que je n’en entende plus parler : c’est pour vous, je vous la donne. » D’autres ne lui avaient pas plus tôt vanté quelqu’une des maisons, des bains, et des lieux publics à loger les étrangers, qui lui appartenaient et lui rapportaient un gros revenu, qu’il leur en faisait une donation. La belle Persienne lui représentait le tort qu’il se faisait ; au lieu de l’écouter, il continuait de prodiguer ce qui lui restait à la première occasion.

Noureddin enfin ne fit autre chose toute l’année que de faire bonne chère, se donner du bon temps, et se divertir en prodiguant et dissipant les grands biens que ses prédécesseurs et le bon vizir son père avaient acquis ou conservés avec beaucoup de soins et de peine. L’année ne faisait que de s’écouler, que l’on frappa un jour à la porte de la salle où il était à table. Il avait renvoyé ses esclaves, et il s’y était renfermé avec ses amis pour être en plus grande liberté.

Un des amis de Noureddin voulut se lever, mais Noureddin le devança et alla ouvrir lui-même. C’était son maître d’hôtel ; et Noureddin, pour écouter ce qu’il voulait, s’avança un peu hors de la salle et ferma la porte à demi.

L’ami qui avait voulu se lever et qui avait aperçu le maître d’hôtel, curieux de savoir ce qu’il avait à dire à Noureddin, fut se poster entre la portière et la porte, et entendit que le maître d’hôtel tint ce discours : « Seigneur, dit-il à son maître, je vous demande mille pardons si je viens vous interrompre au milieu de vos plaisirs. Ce que j’ai à vous communiquer est, ce me semble, de si grande importance, que je n’ai pas cru devoir me dispenser de prendre cette liberté. Je viens d’achever mes derniers comptes, et je trouve que ce que j’avais prévu il y a longtemps et dont je vous avais averti plusieurs fois, est arrivé, c’est-à-dire, seigneur, je n’ai plus une maille de toutes les sommes que vous m’avez données pour faire votre dépense. Les autres fonds que vous m’aviez assignés sont aussi épuisés ; et vos fermiers et ceux qui vous devaient des rentes m’ont fait voir si clairement que vous avez transporté à d’autres ce qu’ils tenaient de vous, que je ne puis plus rien exiger d’eux sous votre nom. Voici mes comptes, examinez-les ; et si vous souhaitez que je continue de vous rendre mes services, assignez-moi d’autres fonds ; sinon, permettez-moi de me retirer. » Noureddin fut tellement surpris de ce discours qu’il n’eut pas un mot à y répondre.

L’ami qui était aux écoutes et qui avait tout entendu, rentra aussitôt, et fit part aux autres amis de ce qu’il venait d’apprendre. « C’est à vous, leur dit-il en achevant, de profiter de cet avis ; pour moi, je vous déclare que c’est aujourd’hui le dernier jour que vous me verrez chez Noureddin.

- Si cela est, reprirent-ils, nous n’avons plus affaire chez lui, non plus que vous : il ne nous y verra pas davantage. »

Noureddin revint en ce moment, et quelque bonne mine qu’il fît pour tâcher de remettre ses conviés en train, il ne put néanmoins si bien dissimuler qu’ils ne s’aperçussent fort bien de la vérité de ce qu’ils venaient d’apprendre. Il s’était à peine remis à sa place, qu’un des amis se leva de la sienne. « Seigneur, lui dit-il, je suis bien fâché de ne pouvoir vous tenir compagnie plus longtemps : je vous supplie de trouver bon que je m’en aille.

– Quelle affaire vous oblige de nous quitter si tôt ? reprit Noureddin.

– Seigneur, reprit-il, ma femme est accouchée aujourd’hui : vous n’ignorez pas que la présence d’un mari est toujours nécessaire dans une pareille rencontre. » Il fit une grande révérence et partit. Un moment après, un autre se retira sur un autre prétexte ; les autres firent la chose l’un après l’autre, jusqu’à ce qu’il ne resta pas un seul des dix ami qui jusqu’alors avaient tenu si bonne compagnie à Noureddin.

Noureddin ne soupçonna rien de la résolution que ces amis avaient prise de ne le plus voir. Il alla à l’appartement de la belle Persienne et il s’entretint seulement avec elle de la déclaration que son maître d’hôtel lui avait faite, avec de grands témoignages d’un véritable repentir du désordre où étaient ses affaires.

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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Dim 19 Oct - 22:30

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« Seigneur, lui dit la belle Persienne, permettez-moi de vous dire que vous n’avez voulu vous en rapporter qu’à votre propre sens ; vous voyez présentement ce qui vous en est arrivé. Je ne me trompais pas lorsque je vous prédisais la triste fin à laquelle vous deviez vous attendre. Ce qui me fait de la peine, c’est que vous ne voyez pas encore tout ce qu’elle a de fâcheux. Quand je voulais vous en dire ma pensée : Réjouissons-nous, me disiez-vous, et profitons du bon temps que la fortune nous offre pendant qu’elle nous est favorable ; peut-être ne sera-t-elle pas toujours de si bonne humeur. Mais je n’avais pas tort de vous répondre que nous étions nous-mêmes les artisans de notre bonne fortune par une sage conduite. Vous n’avez pas voulu m’écouter, et j’ai été contrainte de vous laisser faire malgré moi.

« – J’avoue, repartit Noureddin, que j’ai tort de n’avoir pas suivi les avis si salutaires que vous me donniez avec votre sagesse admirable ; mais si j’ai mangé tout mon bien, ça été avec une élite d’amis que je connais depuis longtemps : ils sont honnêtes et pleins de reconnaissance, je suis sûr qu’ils ne m’abandonneront pas.

– Seigneur, répliqua la belle Persienne, si vous n’avez pas d’autre ressource qu’en la reconnaissance de vos amis, croyez-moi, votre espérance est mal fondée, et vous m’en direz des nouvelles avec le temps.

« – Charmante Persienne, dit à cela Noureddin, j’ai meilleure opinion que vous du secours qu’ils me donneront. Je veux les aller voir tous dès demain, avant qu’ils prennent la peine de venir à leur ordinaire, et vous me verrez revenir avec une bonne somme d’argent, dont ils m’auront secouru tous ensemble. Je changerai de vie, comme j’y suis résolu, et je ferai profiter cet argent par quelque négoce. »

Noureddin ne manqua pas d’aller le lendemain chez ses dix amis, qui demeuraient dans une même rue ; il frappa à la première porte qui se présenta, où demeurait un des plus riches. Une esclave vint, et avant d’ouvrir elle demanda qui frappait. « Dites à votre maître, répondit Noureddin, que c’est Noureddin, fils du feu vizir Khacan. » L’esclave ouvrit, l’introduisit dans une salle, et entra dans la chambre où était son maître, à qui elle annonça que Noureddin venait le voir. « Noureddin ! reprit le maître avec un ton de mépris, et si haut que Noureddin l’entendit avec un grand étonnement ; va, dis-lui que je n’y suis pas ; et toutes les fois qu’il viendra, dis-lui la même chose. » L’esclave revint, et donna pour réponse à Noureddin qu’elle avait cru que son maître y était, mais qu’elle s’était trompée.

Noureddin sortit avec confusion : « Ah ! le perfide, le méchant homme ! s’écria-t-il ; il me protestait hier que je n’avais pas un meilleur ami que lui, et aujourd’hui il me traite si indignement ! » Il alla frapper à la porte d’un autre ami, et cet ami lui fit dire la même chose que le premier. Il eut la même réponse chez le troisième, et ainsi des autres jusqu’au dixième, quoiqu’ils fussent tous chez eux.

Ce fut alors que Noureddin rentra tout de bon en lui-même, et qu’il reconnut sa faute irréparable de s’être fondé si facilement sur l’assiduité de ces faux amis à demeurer attachés à sa personne, et sur leurs protestations d’amitié tout le temps qu’il avait été en état de leur faire des régals somptueux, et de les combler de largesses et de bienfaits. « Il est bien vrai, dit-il en lui-même, les larmes aux yeux, qu’un homme heureux, comme je l’étais, ressemble à un arbre chargé de fruit : tant qu’il y a du fruit sur l’arbre, on ne cesse pas d’être à l’entour et d’en cueillir ; dès qu’il n’y en a plus, on s’en éloigne et on le laisse seul. » Il se contraignit tant qu’il fut hors de chez lui ; mais dès qu’il y fut rentré il s’abandonna tout entier à son affliction, et alla la témoigner à la belle Persienne.

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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Dim 19 Oct - 22:31

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Dès que la belle Persienne vit paraître l’affligé Noureddin, elle se douta qu’il n’avait pas trouvé chez ses amis le secours auquel il s’était attendu. « Eh bien, seigneur, lui dit-elle, êtes-vous présentement convaincu de la vérité de ce que je vous avais prédit ?

– Ah ! ma bonne, s’écria-t-il, vous ne me l’aviez prédit que trop véritablement ! Pas un n’a voulu me reconnaître, me voir, me parler ; jamais je n’eusse cru devoir être traité si cruellement par des gens qui m’ont tant d’obligations, et pour qui je me suis épuisé moi-même. Je ne me possède plus, et je crains de commettre quelque action indigne de moi, dans l’état déplorable et dans le désespoir où je suis, si vous ne m’aidez de vos sages conseils.

– Seigneur, reprit la belle Persienne, je ne vois pas d’autre remède à votre malheur que de vendre vos esclaves et vos meubles, et de subsister là-dessus jusqu’à ce que le ciel vous montre quelque autre voie pour vous tirer de la misère. »

Le remède parut extrêmement dur à Noureddin ; mais qu’eût-il pu faire dans la nécessité de vivre où il était ? Il vendit premièrement ses esclaves, bouches alors inutiles, qui lui eussent fait une dépense beaucoup au-delà de ce qu’il était en état de supporter. Il vécut quelque temps sur l’argent qu’il en fit, et lorsqu’il vint à en manquer, il fit porter ses meubles à la place publique, où ils furent vendus beaucoup au-dessous de leur juste valeur, quoiqu’il y en eût de très-précieux qui avaient coûté des sommes immenses. Cela le fit subsister un long espace de temps ; mais enfin ce secours manqua, et il ne lui restait plus de quoi faire d’autre argent : il en témoigna l’excès de sa douleur à la belle Persienne.

Noureddin ne s’attendait pas à la réponse que lui fit cette sage personne. » Seigneur, lui dit-elle, je suis votre esclave, et vous savez que le feu vizir votre père m’a achetée dix mille pièces d’or. Je sais bien que je suis diminuée de prix depuis ce temps-là ; mais aussi je suis persuadée que je puis être encore vendue une somme qui n’en sera pas éloignée. Croyez-moi, ne différez pas de me mener au marché et de me vendre ; avec l’argent que vous toucherez, qui sera très-considérable, vous irez faire le marchand en quelque ville où vous ne serez pas connu, et par là vous aurez trouvé le moyen de vivre, sinon dans une grande opulence, d’une manière au moins à vous rendre heureux et content.

« – Ah ! charmante et belle Persienne, s’écria Noureddin, est-il possible que vous ayez pu concevoir cette pensée ? vous ai-je donné si peu de marques de mon amour que vous me croyiez capable de cette lâcheté ? Et quand je l’aurais, cette lâcheté indigne, pourrais-je le faire sans être parjure, après le serment que j’ai fait à feu mon père de ne vous jamais vendre ? Je mourrais plutôt que d’y contrevenir et que de me séparer d’avec vous, que j’aime, je ne dis pas autant, mais plus que moi-même. En me faisant une proposition si déraisonnable, vous me faites connaître qu’il s’en faut de beaucoup que vous m’aimiez autant que je vous aime.

« – Seigneur, reprit la belle Persienne, je suis convaincue que vous m’aimez autant que vous le dites, et Dieu connaît si la passion que j’ai pour vous est inférieure à la vôtre, et combien j’ai eu de répugnance à vous faire la proposition qui vous révolte si fort contre moi. Pour détruire la raison que vous m’apportez, je n’ai qu’à vous faire souvenir que la nécessité n’a pas de loi. Je vous aime à un point qu’il n’est pas possible que vous m’aimiez davantage, et je puis vous assurer que je ne cesserai jamais de vous aimer de même, à quelque maître que je puisse appartenir ; je n’aurai pas même un plus grand plaisir au monde que de me réunir avec vous dès que vos affaires vous permettront de me racheter, comme je l’espère. Voilà, je l’avoue, une nécessité bien cruelle pour vous et pour moi ; mais, après tout, je ne vois pas d’autre moyen de nous tirer de la misère, vous et moi. » Noureddin, qui connaissait fort bien la vérité de ce que la belle Persienne venait de lui représenter, et qui n’avait point d’autre ressource pour éviter une pauvreté ignominieuse, fut contraint de prendre le parti qu’elle lui avait proposé. Ainsi il la mena au marché où l’on vendait les femmes esclaves, avec un regret qu’on ne peut exprimer. Il s’adressa à un courtier nommé Hagi Hassan : « Hagi Hassan, lui dit-il, voici une esclave que je veux vendre ; vois, je te prie, le prix qu’on en voudra donner. »

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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Dim 19 Oct - 22:37

Voila Baaziz, ainsi que les autres, ça devrait suffire pour ce soir Smile

Bonne lecture.

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warda

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 20 Oct - 1:01

bravo Equus c'est super de nous avoir posté la suite de l'histoire merci tu es très gentil bisou

Je lis ça avec plaisir good
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Tourbillon

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 20 Oct - 8:11

j'ai lu avant même de me connecter je trouve que c'est un joli texte merci Equus pour ton travail good
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Baaziz

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 20 Oct - 12:26

Citation :
Voila Baaziz, ainsi que les autres, ça devrait suffire pour ce soir

Bonne lecture.

Merci Equus, c'est un délice de lecture que tu nous offres là good
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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 20 Oct - 15:33

Je vous en prie, Amis.

A ce soir.

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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 20 Oct - 23:59

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Hagi Hassan fit entrer Noureddin et la belle Persienne dans une chambre, et dès que la belle Persienne eut ôté le voile qui lui cachait le visage : « Seigneur, dit Hagi Hassan à Noureddin avec admiration, me trompé-je ? n’est-ce pas là l’esclave que le feu vizir votre père acheta dix mille pièces d’or ? » Noureddin lui assura que c’était elle-même, et Hagi Hassan, en lui faisant espérer qu’il en tirerait une grosse somme, lui promit d’employer tout son art à la faire acheter au plus haut prix qu’il lui serait possible.

Hagi Hassan et Noureddin sortirent de la chambre, et Hagi Hassan y enferma la belle Persienne. Il alla ensuite chercher les marchands ; mais ils étaient tous occupés à acheter des esclaves grecques, françaises, africaines, tartares et autres, et il fut obligé d’attendre qu’ils eussent fait leurs achats. Dès qu’ils eurent achevé et qu’à peu près ils se furent tous rassemblés : « Mes bons seigneurs, leur dit-il avec une gaieté qui paraissait sur son visage et dans ses gestes, tout ce qui est rond n’est pas noisette, tout ce qui est long n’est pas figue, tout ce qui est rouge n’est pas chair, et tous les œufs ne sont pas frais. Je veux vous dire que vous avez bien vu et bien acheté des esclaves en votre vie, mais vous n’en avez jamais vu une seule qui puisse entrer en comparaison avec celle que je vous annonce : c’est la perle des esclaves. Venez, suivez-moi, que je vous la fasse voir. Je veux que vous me disiez vous-mêmes à quel prix je dois la crier d’abord. »

Les marchands suivirent Hagi Hassan, et Hagi Hassan leur ouvrit la porte de la chambre où était la belle Persienne. Ils la virent avec surprise, et ils convinrent tout d’une voix qu’on ne pouvait d’abord la mettre à un moindre prix que de quatre mille pièces d’or. Ils sortirent de la chambre, et Hagi Hassan, qui sortit avec eux, après avoir fermé la porte, cria à haute voix sans s’éloigner : « À quatre mille pièces d’or l’esclave persienne ! »

Aucun des marchands n’avait encore parlé, et ils se consultaient eux-mêmes sur l’enchère qu’ils y devaient mettre, lorsque le vizir Saouy parut. Comme il eut aperçu Noureddin dans la place : « Apparemment, dit-il en lui-même, que Noureddin fait encore de l’argent de quelques meubles (car il savait qu’il en avait vendu) et qu’il est venu acheter une esclave. » Il s’avança, et Hagi Hassan cria une seconde fois : « À quatre mille pièces d’or l’esclave persienne ! »

Ce haut prix fit juger à Saouy que l’esclave devait être d’une beauté toute particulière, et aussitôt il eut une forte envie de la voir. Il poussa son cheval droit à Hagi Hassan, qui était environné de marchands : « Ouvre la porte, lui dit-il, et fais-moi voir l’esclave. » Ce n’était pas la coutume de faire voir une esclave à un particulier dès que les marchands l’avaient vue et qu’ils la marchandaient ; mais les marchands n’eurent pas la hardiesse de faire valoir leur droit contre l’autorité d’un vizir, et Hagi Hassan ne put se dispenser d’ouvrir la porte et de faire signe à la belle Persienne de s’approcher, afin que Saouy pût la voir sans descendre de son cheval.

Saouy fut dans une admiration inexprimable quand il vit une esclave d’une beauté si extraordinaire. Il avait déjà eu affaire avec le courtier, et son nom ne lui était pas inconnu. « Hagi Hassan, lui dit-il, n’est-ce pas à quatre mille pièces d’or que tu la cries ?

– Oui, seigneur, répondit-il ; le marchands que vous voyez sont convenus il n’y a qu’un moment que je la criasse à ce prix-là. J’attends qu’ils en offrent davantage à l’enchère et au dernier mot.

– Je donnerai l’argent, reprit Saouy, si personne n’en offre davantage. » Il regarda aussitôt les marchands d’un œil qui marquait assez qu’il ne prétendait pas qu’ils enchérissent. Il était si redoutable à tout le monde qu’ils se gardèrent bien aussi d’ouvrir la bouche, même pour se plaindre sur ce qu’il entreprenait sur leur droit.

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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Mar 21 Oct - 0:05

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Quand le vizir Saouy eut attendu quelque temps et qu’il vit qu’aucun des marchands n’enchérissait : « Hé bien ! qu’attends-tu ? dit-il à Hagi Hassan ; va trouver le vendeur, et conclus avec lui à quatre mille pièces d’or, ou sache ce qu’il prétend faire. » Il ne savait pas encore que l’esclave appartint à Noureddin.

Hagi Hassan, qui avait déjà fermé la porte de la chambre, alla s’aboucher avec Noureddin. « Seigneur, lui dit-il, je suis bien fâché de venir vous annoncer une méchante nouvelle : votre esclave va être vendue pour rien.

– Pour quelle raison ? reprit Noureddin.

– Seigneur, reparti Hagi Hassan, la chose avait pris d’abord un fort bon train. Dès que les marchands eurent vu votre esclave, ils me chargèrent, sans faire de façon, de la crier à quatre mille pièces d’or. Je l’ai criée à ce prix-là, et aussitôt le vizir Saouy est venu, et sa présence a fermé la bouche aux marchands, que je voyais disposés à la faire monter au moins au même prix qu’elle coûta au feu vizir votre père. Saouy ne veut en donner que les quatre mille pièces d’or, et c’est bien malgré moi que je viens vous apporter une parole si déraisonnable. L’esclave est à vous ; mais je ne vous conseillerai jamais de la lâcher à ce prix-là. Vous le connaissez, seigneur, et tout le monde le connaît. Outre que l’esclave vaut infiniment davantage, il est assez méchant homme pour imaginer quelque moyen de ne pas vous compter la somme.

« – Hagi Hassan, répliqua Noureddin, je te suis obligé de ton conseil : ne crains pas que je souffre que mon esclave soit vendue à l’ennemi de ma maison. J’ai grand besoin d’argent ; mais j’aimerais mieux mourir dans la dernière pauvreté que de permettre qu’elle lui fût livrée. Je te demande une seule chose : comme tu sais tous les usages et tous les détours, dis-moi seulement ce que je dois faire pour l’en empêcher.

« – Seigneur, répondit Hagi Hassan, rien n’est plus aisé. Faites semblant de vous être mis en colère contre votre esclave, et d’avoir juré que vous l’amèneriez au marché, mais que vous n’aviez pas entendu de la vendre, et que ce que vous en avez fait n’a été que pour vous acquitter de votre serment : cela satisfera tout le monde, et Saouy n’en aura rien à vous dire. Venez donc, et dans le moment que je la présenterai à Saouy, comme si c’était de votre consentement et que le marché fût arrêté, reprenez-la en lui donnant quelques coups, et ramenez-là chez vous.

– Je te remercie, lui dit Noureddin, tu verras que je suivrai ton conseil. »

Hagi Hassan retourna à la chambre, il l’ouvrit et entra, et après avoir averti la belle Persienne en deux mots de ne pas s’alarmer de ce qui allait arriver il la prit par le bras et l’amena au vizir Saouy, qui était toujours devant la porte. « Seigneur, dit-il en la lui présentant, voilà l’esclave ; elle est à vous, prenez-la. »

Hagi Hassan n’avait pas achevé ces paroles, que Noureddin s’était saisi de la belle Persienne. Il la tira à lui, et en lui donnant un soufflet : « Venez çà, impertinente, lui dit-il assez haut pour être entendu de tout le monde, et revenez chez moi. Votre méchante humeur m’avait bien obligé de faire serment de vous amener au marché, mais non pas de vous vendre. J’ai encore besoin de vous, et je serai à temps d’en venir à cette extrémité quand il ne me restera plus autre chose. »

Le vizir Saouy fut dans une grande colère de cette action de Noureddin : « Misérable débauché, s’écria-t-il, veux-tu me faire accroire qu’il te reste autre chose à vendre que ton esclave ? » Il poussa son cheval en même temps droit à lui pour lui enlever la belle Persienne. Noureddin, piqué au vif de l’affront que le vizir lui faisait, ne fit que lâcher la belle Persienne et lui dire de l’attendre, et en se jetant sur la bride du cheval, il le fit reculer trois ou quatre pas en arrière. « Méchant barbon, dit-il alors au vizir, je te ravirais l’âme sur l’heure si je n’étais retenu par la considération de tout le monde que voilà. »

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Mar 21 Oct - 0:07

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Comme le vizir Saouy n’était aimé de personne, et qu’au contraire il était haï de tout le monde, il n’y en avait pas un de tous ceux qui étaient présents qui n’eût été ravi que Noureddin l’eût un peu mortifié. Ils lui témoignèrent par signes et lui firent comprendre qu’il pouvait se venger comme il lui plairait, et que personne ne se mêlerait de leur querelle.

Saouy voulut faire un effort pour obliger Noureddin de lâcher la bride de son cheval ; mais Noureddin, qui était un jeune homme fort et puissant, enhardi par la bienveillance des assistants, le tira à bas du cheval au milieu du ruisseau, lui donna mille coups, et lui mit la tête en sang contre le pavé. Dix esclaves qui accompagnaient Saouy voulurent tirer le sabre et se jeter sur Noureddin, mais les marchands se mirent au-devant et les empêchèrent. « Que prétendez-vous faire ? leur dirent-ils ; ne voyez-vous pas que si l’un est vizir, l’autre est fils de vizir ? Laissez-les vider leur différend entre eux : peut-être se raccommoderont-ils un de ces jours ; et si vous aviez tué Noureddin, croyez-vous que votre maître, tout puissant qu’il est, pût vous garantir de la justice ? » Noureddin se lassa enfin de battre le vizir Saouy ; il le laissa au milieu du ruisseau, reprit la belle Persienne, et retourna chez lui au milieu des acclamations du peuple, qui le louait de l’action qu’il venait de faire.

Saouy, meurtri de coups, se releva à l’aide de ses gens avec bien de la peine, et il eut la dernière mortification de se voir tout gâté de fange et de sang. Il s’appuya sur les épaules de deux de ses esclaves, et dans cet état il alla droit au palais, à la vue de tout le monde, avec une confusion d’autant plus grande que personne ne le plaignait. Quand il fut sous l’appartement du roi, il se mit à crier et à implorer sa justice d’une manière pitoyable. Le roi le fit venir, et dès qu’il parut il lui demanda qui l’avait maltraité et mis dans l’état où il était. « Sire, s’écria Saouy, il ne faut qu’être bien dans la faveur de Votre Majesté, et avoir quelque part à ses sacrés conseils, pour être traité de la manière indigne dont elle voit qu’on vient de me traiter.

– Laissons là ces discours, reprit le roi, et dites-moi seulement la chose comme elle est, et qui est l’offenseur ; je saurai bien le faire repentir s’il a tort.

« – Sire, dit alors Saouy en racontant la chose tout à son avantage, j’étais allé au marché des femmes esclaves pour acheter moi-même une cuisinière dont j’ai besoin ; j’y suis arrivé, et j’ai trouvé qu’on y criait une esclave à quatre mille pièces d’or. Je me suis fait amener l’esclave ; c’est la plus belle qu’on ait vue et qu’on puisse jamais voir : je ne l’ai pas eu plus tôt considérée avec une satisfaction extrême, que j’ai demandé à qui elle appartenait, et j’ai appris que Noureddin, fils du feu vizir Khacan, voulait la vendre.

« Votre Majesté se souvient, sire, d’avoir fait compter dix mille pièces d’or à ce vizir, il y a deux ou trois ans, et de l’avoir chargé de vous acheter une esclave pour cette somme. Il l’avait employée à acheter celle-ci ; mais, au lieu de l’amener à Votre Majesté, il ne l’en jugea pas digne, il en fit présent à son fils. Depuis la mort du père, le fils a bu, mangé et dissipé tout ce qu’il avait, et il ne lui est resté que cette esclave, qu’il s’était enfin résolu de vendre, et que l’on vendait en effet en son nom. Je l’ai fait venir, et, sans lui parler de la prévarication ou plutôt de la perfidie de son père envers Votre Majesté : « Noureddin, lui ai-je dit le plus honnêtement du monde, les marchands, comme je l’apprends, ont mis d’abord votre esclave à quatre mille pièces d’or. Je ne doute pas qu’à l’envie l’un de l’autre, ils ne la fassent monter à un prix beaucoup plus haut ; croyez-moi, donnez-la-moi pour les quatre mille pièces d'or, et je vais l’acheter pour en faire un présent au roi, notre seigneur et maître, à qui j’en ferai bien votre cour. Cela vous vaudra infiniment plus que ce que les marchands pourraient vous en donner. »

« Au lieu de répondre en me rendant honnêteté pour honnêteté, l’insolent m’a regardé fièrement : « Méchant vieillard, m’a-t-il dit, je donnerais mon esclave à un juif pour rien plutôt que de te la vendre. – Mais, Noureddin, ai-je repris sans m’échauffer, quoique j’en eusse un grand sujet, vous ne considérez pas, quand vous parlez ainsi, que vous faites injure au roi, qui a fait votre père ce qu’il était, aussi bien qu’il m’a fait ce que je suis. »

« Cette remontrance, qui devait l’adoucir, n’a fait que l’irriter davantage. Il s’est jeté aussitôt sur moi comme un furieux, sans aucune considération de mon âge, encore moins de ma dignité, m’a jeté à bas de mon cheval, m’a frappé tout le temps qu’il lui a plu, et m’a mis en l’état où Votre Majesté me voit. Je la supplie de considérer que c’est pour ses intérêts que je souffre un affront si signalé. » En achevant ces paroles, il baissa la tête et se tourna de côté pour laisser couler ses larmes en abondance.

Le roi, abusé, et animé contre Noureddin par ce discours plein d’artifice, laissa paraître sur son visage des marques d’une grande colère. Il se tourna du côté de son capitaine des gardes, qui était auprès de lui : « Prenez quarante hommes de ma garde, lui dit-il, et quand vous aurez mis la maison de Noureddin au pillage, et que vous aurez donné des ordres pour la raser, amenez-le-moi avec son esclave. »

...

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Douceur

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Mar 21 Oct - 3:04

Dis donc Equus je dis comme les autres bravo et un grand merci à toi bisous

Je vais prendre le temps de tout lire calmement c'est un plaisir juste avec les 1ères lignes good
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henna

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Mar 21 Oct - 11:37

Douceur t'as eu l'exclusivité bravo bravo Equus tu nous régales là c'est trop bien merci good

c'est une lecture agréable qu'on s'en lasse pas merci good
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Equus

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Mar 21 Oct - 21:00

L'histoire de la 187 ème nuit des 1001 Nuits (Noureddin et la belle Persienne), ainsi que d'autres histoires qui suivront, resteront sur le site aussi longtemps qu'il existe.

Alors vous avez tout le temps pour lire à votre rythme, que ce soit les parties postées durant les nuits de Ramadan ou pour les épisodes postés après l'Aid jusqu'à hier soir Smile

Je considère que ce forum est le journal de nos échanges amicaux, donc il nous serait possible de relire à tout moment de notre vie.

Je vous laisse ce soir le temps de lire ce qui est déjà posté.

See you I love you

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Palmer

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Jeu 23 Oct - 23:49

Bon ben moi j'ai lu et relu toutes les parties, serais-je condamné à attendre les autres Rolling Eyes

Je plaisante bien sur Laughing

N'empêche que j'attends la ré-apparition des chers lecteurs du forum study
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Douceur

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Ven 24 Oct - 11:19

Pousse toi un peu du canapé Palmer nous aussi on est là et on lit lol!
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Palmer

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Ven 24 Oct - 17:13

Oui Douceur Embarassed

Mais arretez de vous battre pour la place, là je dors moi !



et c'est qui les autres à coté qui n'arretent pas de parler !!




lol!
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Baaziz

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 27 Oct - 15:18

hi hi hi, ne vous disputez pas, il y a de la place pour tout le monde

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Douceur

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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   Lun 27 Oct - 21:49

Oh la la Palmer et Bazziz vos photos de famille sont superbes je reconnais tout le monde ptdrir5
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MessageSujet: Re: Veillées de Ramadan   

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Veillées de Ramadan
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